Le Site de Michel Rozenberg
L'Etrange dans les littératures de l'imaginaire :
Et voilà ! Mon troisième bébé a vu le jour ce 30 Novembre dernier. Il est en bonne santé, se porte bien du haut de son format A5 et pèse 250 pages. Composé de 7 nouvelles dont certaines assez longues, il aura j'espère de quoi plaire à différents publics, même si toutes gardent un point commun : la littérature fantastique.
Ici, il s'agit de ce fantastique dit classique, ou les histoires sont encrées dans le quotidien le plus anodin. Les protagonistes sont des gens comme vous et moi, fréquentent des lieux comme ceux par lesquels nous pourrions passer et vivent des événements semblables à ceux que nous pourrions vivre. Nous pourrions presque trouver cela d'une navrante banalité, si ce n'est que…
Le fantastique, c'est l'irruption de l'irréel dans la normalité, l'intrusion de l'incompréhensible, l'absurde, l'aberrant dans notre quotidien. Il apparait soit de manière presque qu'imperceptible, comme un très léger décalage dans notre réalité, distillé au compte-gouttes, comme pour mieux nous attirer dans ses griffes, ou de façon tranchée, abrupte, cinglante, telle la lame effilée d'une hache.
En mettant en scène nos douleurs, nos angoisses, nos réflexions sur la vie et la société, nos coups de gueule, nos questions restées sans réponse, nous prenons du recul. Sans tomber dans le travers de l'exorcisation, nous évitons l'écueil par excellence : la diabolisation. Il s'agit en fin de compte de mettre enfin un nom sur nos peurs et apprendre, si pas à la gérer, au moins à cohabiter.
La démarche fantastique met l'homme face à lui-même. Notre miroir interne nous renvoie nos émotions, nos sentiments telles que dans le plus simple appareil, nues, brutes. Nous allons vers le lecteur et nous lui proposons, non pas, des objets phobiques, comme dans des films d'angoisse ou d'horreur ou nous savons pertinemment bien ce qui nous fait peur, et dans lesquels en général, nous trouvons des objets contrephobiques pour les annihiler. Le fantastique est à mon sens plus subtil que cela. La peur ne nous est pas servie sur un plateau d'argent et il ne suffit donc pas de nous mettre à la combattre. Le genre propose au lecteur d'effectuer un trajet vers chaque histoire, s'en nourrir et combler les trous, rechercher ses explications, proposer ses interprétations. Comme dans une mini thérapie.
Gageons que ce genre reste encore longtemps présent dans nos librairies et que des auteurs viendront l'enrichir encore de leurs influences.
Bonne visite sur le site… n'hésitez pas à laisser un message.
Amitiés,
Michel
Fantasy, Science-fiction et Fantastique
À maintes reprises, j'ai été amené à donner mon avis au sujet des littératures de l'imaginaire et en particulier, la science fiction, la « fantasy » et le fantastique.
Dans certaines écoles où l'on m'a fait l'honneur de me demander de venir parler, les élèves ou les étudiants m'ont semblé éprouver des difficultés à comprendre les spécificités de chaque genre et j'ai eu le sentiment qu'ils finissaient par tout amalgamer.
Je vais donc tenter un exercice périlleux, auquel des personnalités bien plus éloquentes et bien plus instruites que moi sur le sujet, se seront sans doute déjà essayées. Je m'efforcerai donc, pour apporter un éclairage personnel, sans prétention d'innover pour autant, de rationnaliser les explications et de ne pas m'envoler vers des cieux trop philosophiques.
Pour moi, il existe une multitude de différences. Pourtant, celles qui évoquent à mon sens le mieux leurs uniques particularités, sont au nombre de quatre : les axiomes de base, la place de l'être humain, l'impact des histoires et le rôle des écrits.
Les axiomes de base
Lorsque vous ouvrez un livre de « fantasy » et que vous en lisez les premières lignes voire les premières pages ; lorsque vous regardez un film de « fantasy » et que vous en découvrez les premières images, une constatation immédiate vous saute aux yeux : le monde décrit est irréel et ne pourrait en aucun cas exister. Les personnages sont loin de se limiter aux seuls êtres humains. Un très large bestiaire côtoie les hommes.
Vous êtes donc placés devant un choix qui déterminera si pour poursuivrez votre activité : accepter que rien de tout cela ne peut exister. Si vous y parvenez, vous rentrerez dans l'histoire avec plaisir, d'autant plus que depuis près de 20 ans, les progrès en termes d'images de synthèse ont été phénoménaux, ce qui ne gâche rien évidemment. Si vous n'y parvenez pas, la probabilité que vous lâchiez votre livre augmentera. Votre intérêt pour le film pourra alors se réduire effets spéciaux, dont on sait qu'ils attirent des foules dans les salles à eux seuls.
Lorsque vous ouvrez un livre de science-fiction et que vous en lisez les premières lignes voire les premières pages ; lorsque vous regardez un film de science-fiction et en découvrez les premières images, une constatation vous sautera aux yeux : le monde décrit est probablement irréel mais, vous pensez sans doute que dans un certain futur, indéterminé, des éléments deviendront possibles grâce à l'évolution de la technologie, de la médecine et des sciences en général. Il vous sera donc plus aisé d'accrocher à l'histoire, compte tenu de la crédibilité projetée. Les personnages ne se limitent pas non plus aux seuls êtres humains. Un bestiaire de plus en plus large côtoie les hommes et les extra-terrestres sont de la partie. Ici également, en ce qui concerne le 7è art, les effets spéciaux cinématographiques aident à rendre l'expérience ludique.
Quand vous ouvrez un livre de fantastique et quand vous en lisez les premières lignes voire les premières pages ; quand vous regardez un film de fantastique et quand vous en découvrez les premières images, le monde décrit vous apparaitra comme tout ce qu'il y a de plus familier. Les personnages vous feront penser à ceux que vous croisez dans votre vie de tous les jours, les lieux sont plausibles ainsi que les événements vécus par les protagonistes.
Ici, je me dois de faire une remarque importante. Je mets de côté les catégories du fantastique qui mettent en scène des zombies, des loups-garous, des vampires, des démons et autres personnages traditionnels du bestiaire fantastique, entre nous soit dit, bien plus limité que ceux de la « fantasy » et la science-fiction. Sans cette remarque, il me semble que les mêmes axiomes soient d'application que pour la « fantasy » et la science-fiction. Ici , les amateurs de sang, d'horreurs et d'effets spéciaux seront gâtés.
Si le récit est crédible et qu'il pourrait à lui seul suffire à vous motiver de poursuivre la lecture ou la projection, il n'y a par contre que peu d'effets spéciaux au cinéma, ce qui pourrait décourager les amateurs de sensations visuelles fortes.
La place de l'être humain
Que ce soit en « fantasy » ou en science-fiction, mon sentiment est que l'homme n'est qu'un élément dans un contexte bien plus large, même s'il est le héro de l'histoire. Il est question d'une profusion de personnages aussi nombreux que divers, tant amis qu'ennemis, animés de bonnes ou mauvaises intentions. L'être vivant par rapport à son environnement ou la société qui l'abrite est à opposer à l'être vivant par rapport à lui-même. Qu'il y ait quête de ce qui va sauver le monde ou pas, c'est l'environnement qui prime, pas l'être vivant. Il est question d'organisation de société, de structuration, de hiérarchisation de cet univers irréel. Il est aussi question de la recherche d'un but dans la vie de certains protagonistes, de leur rôle, leur contribution à leur environnement, voire la recherche d'une identité qui les propulserait, animés d'une solide motivation dans des contrées inconnues.
Lorsqu'il s'agit de fantastique, le rapport se réduit à celui de l'homme vis-à-vis de lui-même. Il recherche aussi son identité et un but pour avancer, mais au travers de ses hésitations, de ses peurs, de ses douleurs, de ce qui le révolte ou l'émerveille, de ses rêves ou ses fantasmes, de ses questions restées sans réponses, de sa relation au temps et à l'espace, de son rapport aux objets et de ses réflexions auxquelles personnes n'apporte de réponse satisfaisante, de sa prise de conscience qu'il n'a de contrôle que sur très peu d'éléments…
L'impact des histoires
Rien n'est plus visible aux yeux du monde entier qu'une soucoupe volante qui atterrit sur la place St-Marc à Venise ou qu'une troupe de centaures qui se déplace vers de nouvelles contrées habitées. Que ce soit en « fantasy » ou en science-fiction, rien ne passe inaperçu ou peu de choses. L'impact sur la société est énorme. L'on parle d'occupation, de guerres entre ennemis, de fin de monde, d'apocalypse. Tout est visible. Les conséquences des événements sont énormes.
En fantastique classique, les choses se passent entre le protagoniste principal et un nombre restreint de personnes ou encore, dans bien des cas, entre le personnage central et lui-même. Le monde entier ignorera ce qu'il se passe et ne changera donc pas, tandis que la vie du « héro » se trouvera souvent modifiée à jamais, aux prises à de nouvelles règles.
Pour illustrer ces derniers propos, voici deux exemples :
« Vous êtes debout, dans une grande salle de concert, comme des centaines d'autres spectateurs. Pascal Obispo met une ambiance du tonnerre avec son orchestre. La chaleur est à la limite du tolérable. Les gens se bousculent constamment en dansant sur place. De gros spots éblouissants balayent la salle, en permanence. Des effluves de transpiration flottent dans l'air. La musique bat son plein, vous la trouvez géniale mais assourdissante.
Votre voisin vient de vous renverser un peu de bière sur le pantalon, il ne s'excuse pas. Si cela se trouve, il ne l'a pas remarqué. Une jeune femme vous souffle sa fumée de cigarette en pleine figure, sans intention. Vous détestez cette odeur, elle vous fait tousser, tousser, tousser. Puis vous éternuez ! Rien d'étonnant. Pendant cette fraction de seconde, vous avez posé vos mains sur le visage, par réflexe.
Alors, une fraction de seconde plus tard, vous émergez en plein délire : vous êtes seul, dans le noir. Il fait froid. Pas de Pascal Obispo, pas de spectateurs, pas de bousculade, pas d'odeur de sueur ou de tabac… et vous n'osez même pas à formuler la première question qui vous vient à l'esprit »
« Vers onze heures du soir, comme tous les jours, vous passez par la salle de bains pour faire votre toilette. Tandis que vous vous brossez les dents et vous vous démaquillez, vous admirez votre longue chevelure noire, vos traits fins, vos yeux pétillants, votre corps aux formes généreuses que votre mari aime tant. Et à quarante ans, c'est aussi important qu'à vingt.
Lorsque vous rejoignez votre mari dans le lit, il s'est déjà endormi, épuisé par une longue journée. Vous coupez la lumière et l'imitez. Lorsque votre réveil s'enclenche, vous êtes debout en trente secondes. L'homme de votre vie dort encore. Il est en congé aujourd'hui.
Vous repassez par la salle de bains et là, vous ne pouvez retenir des hurlements : votre visage vous apparaît dans le miroir, ridé comme du vieux parchemin, vos cheveux sont blancs, votre corps voûté, vos formes affaissées.
Mais le pire reste à venir lorsqu'affolé par vos cris, votre mari fait irruption à vos côtés et vous demande ce que ne va pas, sans s'étonner de rien »
Le rôle des écrits
Mais à quoi servent la science-fiction, la fantasy ou le fantastique ? Une question légitime que peu de gens se poseront pourtant. Souvent considérées comme des genres mineurs ou même plus péjorativement des « sous-genres », souvent détestées avant même d'être explorées ou connues, souvent reléguées au rôle de léger amusement, pour passer le temps lorsque rien de mieux ne se présente, les littératures de l'imaginaire dérangent mais laissent rarement indifférentes. Elles n'en ont pas moins un rôle important, une place précise que j'aimerais essayer de clarifier.
Sur le plan chronologique apparaissent clairement, d'abord le merveilleux, duquel est issu la fantasy, puis, le fantastique. De toute évidence, la science-fiction est plus récente.
Que recherchent les auteurs ? Faire rêver pour les uns, causer la peur pour d'autres, provoquer la réflexion pour les derniers. Ne serait-ce pas en fait une combinaison des trois éléments qui pourrait caractériser le but, la place, le rôle voire la contribution de ces genres dans la littérature ? Utiliser des paraboles, parfois lointaines, j'en conviens pour exprimer les choses ? Les récits sont-ils de moindre qualité ? Ne respectent-ils pas les règles du bon français ? S'adressent-ils au départ à un public différent ? Je pense que la réponse à ces questions est négative.
En science-fiction, l'on repousse sans cesse les limites du possible, l'on essaie de maîtriser le temps et l'espace, l'on projette le désir de découvrir un monde où sciences et médecine seront beaucoup plus avancées.
En fantasy, l'on nous plonge dans un monde peuplé de créatures aussi diverses que nombreuses, nous sommes projetés au centre de quête de justice, de droit à l'appartenance, de l'identification à des causes (nobles ou pas), à des combats (justifiés ou pas).
En fantastique, nous sommes mis face à nous-mêmes, comme devant un miroir qui ne reflète plus l'extérieur mais bien l'intérieur.
Le point commun me semble clair : rester concentré sur la compréhension du pourquoi et du comment. Pourquoi vieillissons-nous pour finir par disparaître ? Pourquoi apparaissons-nous si c'est pour ne plus exister un jour ? Quel sens attacher à la durée de notre vie ? Comment effectuer ce trajet temporel en toute sérénité ? Pourquoi tant de différences entre les gens ? Ce besoin d'identité (et d'identification) est notre fluide vital. Hélas, les réponses sont partielles, incomplètes et suscitent la peur, cette peur que les littératures de l'imaginaire vont nous présenter, chacune à sa manière, pour nous aider à mettre en scène nos scénarios, peut-être pour prendre ce recul nécessaire afin qu'ils repassent dans un niveau d'inconscience supérieure, peut-être pour cesser enfin de les diaboliser et de choisir la voie de l'acceptation, de la cohabitation.
En conclusion, je dirais que les littératures de l'imaginaire ne sont selon moi pas prêtes à disparaître. Au contraire, je pense de plus en plus de gens, à la recherche de pistes moins balisées pour tenter de se repérer, y feront appel. Gageons que nous serons nombreux à leurs répondre.
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