Le Site de Michel Rozenberg

 

Quel est le rôle de l'âme ? S'opposer aux désirs interdits ? Favoriser l'aboutissement des bons sentiments, des idées nobles ? Est-elle capable de comploter à notre endroit, de contrecarrer nos plans, de nous acculer dans nos derniers retranchements ? Est-elle le reflet de nos actes ou est-ce au contraire nos agissements qui traduisent sa noirceur ?

 

Imaginez que vos fantasmes les plus secrets soient percés à jour ; que les fondations de votre vie se désagrégent ; que votre espace se réduise et vous piége ; que des objets apparaissent et s'évanouissent autour de vous; que vous arriviez trop tard à chaque événement de votre vie. Que feriez-vous pour empêcher l'inéluctable ?

Lorsque le rêve et la réalité se confondent, lorsque des brèches zèbrent le mur de la cohérence, lorsque le banal dérape pas à pas, lorsque les repères et les références s'effilochent, il ne reste plus qu'un ultime garde-fou pour nous protéger de la chute finale : notre conscience.

 

Après « Altérations », prix Robert Duterme 2004 et « Les maléfices du temps », prix Graham Masterton 2007, celui que certains appellent « le bruxellois successeur de Jean Ray » et que d'autres qualifient de « un des sept piliers du fantastique européen » nous livre ici 7 nouvelles étranges, dans la plus pure lignée des grands conteurs de l'imaginaire.

 

Préface de Claude Bolduc

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Michel Rozenberg

Celui qui prolonge la voie

 

 

 

Pour moi qui habite à l'autre bout de l'Atlantique, dans un Québec que l'on dit volontiers au carrefour des cultures européenne et nord-américaine, il ne fait aucun doute que la littérature fantastique produite en Belgique possède une âme qui lui est propre, et je ne suis certainement pas le seul à penser ainsi. En effet, plus d'une génération de Québécois amateurs de fantastique ont grandi en lisant les auteurs belges de la collection Marabout , que l'on trouvait partout, absolument partout, dans les années 1960 et 1970.

 

Évidemment, un petit îlot francophone perdu en Amérique du Nord ne peut qu'être submergé par le fantastique anglo-saxon, mais comment ne pas trouver quelque chose de différent et, d'une certaine façon peut-être, d'étrangement familier dans le fantastique né en Belgique et qui s'est faufilé jusqu'à nous à cette époque? Un fantastique bien moins porté sur le monstre, la créature, que sur l'individu lui-même et son petit quotidien qui, à tout moment, risque de déraper et d'entraîner le protagoniste, souvent à son insu d'abord, dans les dédales de l'étrange et du vertige. Quel est donc cet ingrédient mystérieux qui distingue le fantastique belge des autres fantastiques ? Y aurait-il quelque chose qui unit tous ces grands auteurs ?

 

S'agit-il d'un ton particulier ? Mais Jean Ray ne s'adresse pas à nous de la même façon que Franz Hellens ou Gaston Compère. Un décor ? Si l'ouvre de certains fleure bon la Mer du Nord, il y a aussi la lande laquelle nous a fait errer Thomas Owen, tandis que d'autres évoluent plutôt dans un décor urbain. Faute de pouvoir dire, faute de pouvoir écrire, allons-y avec une analogie : la saveur particulière du fantastique belge est comme le plat d'un grand chef; on le savoure, on le laisse caresser notre palais et nous remplir d'extase, mais jamais on n'en devinera tous les secrets.

 

Sans doute s'agit-il d'un état d'esprit, une manière d'appréhender le réel, une façon d'être que l'on n'arrive pas à identifier avec précision et qui dès lors agit sur le lecteur avec d'autant plus d'efficacité. J'aime beaucoup le terme de «déroute du quotidien», que j'ai rencontré dans un texte critique.

 

Un bon jour, hélas, j'ai perdu la trace de tous ces merveilleux auteurs belges. Que se passait-il donc? Cette belle tradition de fantastique s'était-elle éteinte en même temps que ma collection fétiche, ou le Québec se trouvait-il soudain coupé de l'édition belge? Avec mes faibles moyens, j'ai bien tenté, pendant bien des années, d'en trouver la continuation dans les magazines, les fanzines, chez de petits éditeurs artisanaux, mais hormis quelques noms qui revenaient parfois, je ne trouvais pas.

 

Jusqu'à ce moment heureux où, au Salon du livre de Montréal en 2006, je suis tombé par hasard sur les livres des éditions Nuit d'avril dans l'immense stand d'un diffuseur. Sur une de ces couvertures élégantes, j'ai aussitôt repéré l'étiquette «Prix du fantastique Robert Duterme 2004», un prix récompensant une ouvre fantastique belge et que je connaissais puisque mon ami écrivain Paul Mathieu l'avait remporté quelques années auparavant. Je ne connaissais pas Michel Rozenberg et je n'avais jamais entendu parler de son recueil Altérations , mais de découvrir soudain un auteur belge qui écrivait des nouvelles fantastiques a tout de suite piqué ma curiosité. La nouvelle fantastique et moi, c'est une longue histoire d'amour. De tous ces auteurs que j'ai aimés depuis mon adolescence, ce sont surtout des nouvelles que j'ai lues. Et en ce jour étrange où j'ai décidé que j'écrirais moi aussi des histoires fantastiques, mon choix, tout naturellement, s'est porté vers la nouvelle.

 

Dès les premières pages d' Altérations , cette prose est venue me chercher. La langue utilisée par Rozenberg possède, à l'image de celle de ses prédécesseurs, le parfum d'une certaine époque où l'on ne faisait pas de concessions au langage populaire, et où se manifestait avec plus de vigueur le souci de l'élégance et du bon mot. N'est-il pas juste de croire que la nouvelle fantastique bénéficie grandement d'une touche de classicisme en la matière, que son effet, son atmosphère s'en trouvent renforcés ? L'écriture de Michel Rozenberg , paradoxalement, est riche tout en demeurant simple.

 

Peu d'ouvres, de nos jours, peuvent porter aussi bien le qualificatif de littérature de l'étrange. L'ouvre de Michel Rozenberg , loin des artifices et des «effets spéciaux» d'un certain fantastique anglo-saxon par exemple, naît du quotidien et elle donne l'impression de s'y cantonner. Même lorsque nous, humbles lecteurs, nous rendons compte, avec un sentiment de vertige, que quelque chose ne va plus, que quelque chose n'est plus normal, le décor et l'environnement, eux, semblent toujours les mêmes, comme si tout le poids de l'étrange et du fantastique reposaient sur le protagoniste, comme si lui seulement en était affecté.

 

Chez Rozenberg, rarement est-il besoin d'incarner ou de donner une forme à la source de la peur ou du mal. L'absence de la chose palpable devient un paravent qui ne nous masque l'horreur que pour mieux souligner celle-ci, la mettre en évidence pour le lecteur qui s'en trouvera livré aux images et aux pensées de son propre esprit.

 

Si chacun des deux premiers recueils de nouvelles de Michel Rozenberg a été couronné par un prix ( Les Maléfices du temps a remporté le prix Masterton 2007 catégorie nouvelles), que dire alors de ce troisième, Les Reflets de la conscience , sinon qu'il s'insère à merveille dans cette vision du monde avec laquelle nous ont familiarisés Altérations et Les Maléfices du temps . Il en constitue le prolongement logique et partage leur esprit à la perfection. En fait, il se dégage une étonnante unité de l'ensemble des trois recueils.

 

Il est assez rare que l'on puisse déjà, après quelques années à peine, dégager des constantes qui vont caractériser un auteur, qui font que l'on peut dire «Ah oui ! c'est du Rozenberg !». Précisons d'abord un don particulier pour la narration, qui fait que le lecteur s'identifie sans peine à un protagoniste tout ce qu'il y a de plus normal, souvent même un être sensible et vulnérable. Nous vivons, nous ressentons, puis nous subissons avec le malheureux personnage. Une fois que nous sommes pris dans la toile tissée par Michel Rozenberg , le cauchemar de ses personnages devient le nôtre.

 

Par ailleurs, notre auteur étant bien de son temps, il ne faut pas se surprendre que les emplois stressants, les téléphones portables, les cartes de crédit, les aéroports et les embouteillages constituent le quotidien de ses histoires. Or, ceux-ci sont tout autant à redouter que les landes désertes et embrumées ou les ruelles sombres et inquiétantes des quartiers portuaires que nous ont fait visiter ses prédécesseurs. Car souvent, c'est à travers notre modernité que l'étrange, que l'inexplicable vont se faufiler jusqu'à nous. Que de choses terribles et inexplicables peuvent avoir comme sources les petits gadgets que nous utilisons chaque jour.

 

S'il est une ombre qui survole, menaçante, son oeuvre, c'est celle de l'effritement de l'identité, sous quelque forme que ce soit, dans certains cas progressif, quasi imperceptible d'abord, dans d'autres cas brutal comme la lame d'un couperet. Ce terrible coup du sort est illustré à merveille dans la nouvelle «Tout n'est qu'illusion» qui ouvre Les Reflets de la conscience , dans laquelle tout ce qui pourrait identifier un homme disparaît peu à peu, des petits riens comme la mémoire d'un téléphone portable jusqu'à son chez-soi, son emploi, sa femme. Que reste-t-il de vous quand plus personne ne vous reconnaît, quand un policier voulant vérifier qui vous êtes vous dit «D'après notre ordinateur, vous n'existez pas»? Et si votre identité ne s'effrite pas, des choses tout aussi angoissantes peuvent se produire, comme en fait foi « La Proximité des extrêmes» : comment pouvez-vous espérer vous en sortir quand il semble qu'un autre vous-même agit en votre lieu et place et à votre insu, et fait exactement tout ce qu'il faut pour vous précipiter de déchéance en déchéance ?

 

Dans chacune des sept nouvelles qui composent Les Reflets de la conscience , vous pénétrerez dans l'univers vertigineux de Michel Rozenberg. Ne perdrez pas de vue votre guide, car dans cet univers où tout peut se dissoudre, y compris le temps lui-même, c'est peut-être la fatalité qui vous attend, une fatalité terrible, froide et inéluctable, comme dans la nouvelle «Chinoiseries» qui, à sa façon, nous fait revivre le destin du protagoniste de « La Présence désolée» de Thomas Owen. Au vu de cette maîtrise de l'écriture qu'il a atteinte, de ce don de toucher et de révéler l'angoisse profonde de ses personnages et, par ricochet, de cette faculté qu'il a su développer de générer une empathie entre le lecteur et ses protagonistes, on ne peut que suivre avec enthousiasme la progression de la carrière de Michel Rozenberg et se demander dans quelles contrées fantastiques nous entraînera sa plume à l'avenir.

 

À l'amateur de littérature fantastique, à celui qui a connu la longue lignée de praticiens belges du genre sans en connaître la descendance, à tous ceux qui se demanderont en découvrant ce livre s'ils ont vraiment affaire à un nouveau représentant de l'école belge de l'étrange, je répondrai simplement ceci : cela ne fait aucun doute.

Claude Bolduc"

Parution de chroniques :

Janvier 2008 : Arcanes Fantasy
Janvier 2008 : Obscurantis
Janvier 2008 : PhenixWeb
Janvier 2008 : Fantastinet
Février 2008 : Chroniques de l'Imaginaire
Février 2008 : Onirik
Mars 2008 : Psychovision.net
Mars 2008 : Revue Solaris

Articles de presse :

Revue Mensuelle des écrivains Belge
(Février 2008).

Reflets vers l'avenir - 6 mars 2008

 

 

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